« Nous avons défini les thèmes, et les secteurs d’investissement qui devraient présenter des opportunités intéressantes.»
Quel est l’univers d’investissement du fonds Robeco Natural Resources Equities?
Nous avons détecté des grandes tendances à long terme qui ont un impact sur la demande et l’offre de ressources naturelles. Ces tendances nous ont permis de définir les thèmes, et les secteurs d’investissement qui devraient présenter des opportunités intéressantes.
Du point de vue de la demande, l’urbanisation, l’industrialisation et la mondialisation sont trois grandes tendances qui ont une forte incidence sur l’électrification par exemple. Dans les pays émergents, la demande en matières premières est 5 fois supérieure par unité de PIB à celle des pays développés et elle augmente plus rapidement que la production industrielle. Le monde occidental utilise quant à lui de plus en plus d’énergies alternatives aux dépens des matières fossiles. Or les véhicules électriques, par exemple, nécessitent 4 à 10 fois plus de cuivre que les moteurs à combustion. Nous voyons donc un bon potentiel d’investissement dans les secteurs des mines et des métaux qui devraient bénéficier de cette tendance.
De même, le durcissement des standards concernant les émissions de gaz influe sur les secteurs liés aux minerais et métaux précieux : il n’existe par exemple aucun substitut au platine utilisé dans les pots catalytiques de moteurs diesel. Or avec la hausse des prix du pétrole et les nouvelles taxes antipollution, la demande pour ce type de pots est de plus en plus forte.
Du point de vue de l’offre, la pénurie des ressources naturelles entraine le prix du pétrole à la hausse et nous trouvons de ce fait qu’il existe un potentiel d’investissement dans des sociétés d’exploration, de production d’équipements ou de services dans le domaine du pétrole et du gaz. Nous pouvons également tirer partie des inefficiences structurelles (manque d’optimisation dans l’allocation des capitaux, considérations politiques et limites liées aux transports) au travers de secteurs tels que ceux de l’aluminium, du charbon et des combustibles, de l’exploration, de la production de gaz et de pétrole…
Au vu des événements récents (Japon, Moyen-Orient), vos perspectives ont-elles changées pour 2011?
Au début de l’année, nous pensions assister à un rebond synchronisé de la croissance des marchés émergents et développés. Nous souhaitions alors tirer profit de la forte pénurie de métaux, comme par exemple de cuivre, et de la bulle des matières premières impactant notamment la production d’acier. Cette même dynamique devait bénéficier au minerai de fer, au cobalt, au ferrochrome, au molybdène, au platine et au palladium
Au lieu de cela les troubles au Moyen-Orient, la catastrophe naturelle et nucléaire au Japon ont été des événements très négatifs pour la croissance, du moins à court terme. Le grand problème, aujourd’hui, est le pétrole. La capacité mondiale d’approvisionnement en pétrole brut est estimée à environ 5 millions de barils par jour (b / j), soit environ 5% de la demande mondiale. L'année dernière, la demande a augmenté de 2,9 millions de b / j, soit environ de 3%. Cette année, avec une croissance normale, elle est susceptible d'augmenter d'environ 1,6 millions de b / j. Si nous poursuivons sur la tendance actuelle, nous aurons donc épuisé les capacités de réserve dans les trois prochaines années. La dernière fois que nous avons manqué de réserves de pétrole, à la fin des années 1960 (en provenance des États-Unis), les prix ont été décuplés dans les années suivantes.
À l'heure actuelle cependant, si nous faisons abstraction de l'agitation au Moyen-Orient, le marché du pétrole est bien mieux approvisionné que le marché du cuivre par exemple. En début d’année, les rendements par rapport au risque étaient favorables aux métaux et aux mines, par rapport aux énergies. Aujourd'hui, l'équation semble moins claire. Le pétrole a augmenté de près de 30% depuis la crise libyenne. Les déficits cumulés de la production en Libye (-1.4 million b / j), au Yémen (-0.2 million b / j) et en Syrie (-0.5 million b / j) ont épuisé environ la moitié des capacités de production inutilisées prévues par l'OPEP et, surtout, détourné l'attention des investisseurs vers l'Arabie saoudite, le deuxième plus grand producteur de pétrole, titulaire de la plus grande réserve de pétrole au monde. Le soulèvement libyen prenant de l’ampleur, le marché a réagi en achetant des titres pétroliers défensifs comme Exxon, BP, Royal Dutch Shell ainsi que de l'or. En parallèle, il a vendu les entreprises axées sur la croissance : sociétés de production, services pétroliers, métaux et stocks de mines, pensant que les prix du pétrole atteindraient des niveaux tellement élevés qu’ils pousseraient l'économie mondiale dans une nouvelle récession. Cela a eu des répercussions négatives sur la performance de notre fonds depuis le début de l’année car, sur la base d’un scénario de reprise économique, nous étions sous-pondérés sur les valeurs pétrolières (manquant de croissance) ainsi que sur les métaux longs, les exploitations minières et sur les actions du secteur des énergies qui ont une forte sensibilité aux prix du pétrole.
Dans ce contexte, comment avez-vous repositionné le portefeuille ?
Dans l'avenir, tant que la situation au Moyen-Orient ne se détériore pas davantage, nous ne pensons pas que les prix du pétrole remonteront à leur niveau d'avant la crise, mais nous pensons qu’ils feront de grands bons dans les prochains mois. Nous avons saisi cette opportunité pour augmenter notre exposition au pétrole. Nous continuons de maintenir notre principale exposition sur les métaux de base et les mines car l'offre est encore en retard sur la demande, tant que les perspectives de croissance mondiale ne se détériorent pas sensiblement. Les actions de mines s’échangent à très bon marché par rapport aux prix des produits de base et continuent de produire d'énormes quantités de cash flow. Cela devrait réduire l'écart entre les produits et les producteurs de matières premières vers la fin de cette année.
Interview parue dans le FOCUS Robeco -Â 04-2011

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