Navigation : S'informer > DG Mag > Peut-on imaginer des résidences colocatives ?

Fil Actu

DG Mag

Peut-on imaginer des résidences colocatives ?

smaller text tool iconmedium text tool iconlarger text tool icon
Quelles sont les formes de logement les plus adaptées à cette pratique ?
D’une manière générale, la colocation est vécue comme un état transitoire, dans lequel le colocataire s’investit plutôt faiblement : « une place où rester n’est pas exactement la même chose qu’un chez-soi pour vivre ».
Parmi les traits saillants de la colocation, apparait la limite d’une distribution de l’espace en collectif d’une part, en intime d’autre part : l’existence de zones intermédiaires entre les deux états, et permettant d’assurer une transition, est également souhaitable. En leur absence, le risque d’un « tout-partagé » mal vécu ou, à l’inverse, d’une quasi absence de vie collective, s’accroît, encore complexifié par le fait que l’analyse des comportements des colocataires montre clairement qu’il existe en fait deux vies sociales simultanées : celle de l’individu, qui reçoit dans sa chambre, et celle du groupe, qui reçoit dans les parties communes du logement.
De fait, si la colocation n’est pas vécue avec le même engagement, et de loin, qu’une cohabitation de couple, la naissance d’un véritable « compagnonnage » n’est pas rare.
Dès le départ, le critère économique - qui est souvent le fondement de la colocation - crée une solidarité de fait : les colocataires sont fréquemment dans une situation de précarité (personnelle et collective), et la colocation est un moyen de l’assumer, voire de la revendiquer. Au-delà de l’intérêt bien compris de chacun, la colocation favorise la création de réseaux de solidarités et de valeurs communes, qui font qu’en cas de départ se développent des comportements spécifiques : de la mise à disposition de la communauté de tout ou partie de « son » espace par un colocataire se préparant à une longue absence (voyage…), jusqu’à un remplacement par cooptation, soumis à un véritable jury dans le cas d’un départ définitif.
Usages, partages et équipements
A ce jour, la quasi-totalité des logements en colocation sont localisés dans du bâti existant, qui n’a pas été spécifiquement conçu à cet usage. De fait, plusieurs problèmes se posent, et des formes différentes de colocation apparaissent. Les problèmes sont fréquemment d’ordre contractuel et financier : les fins de colocation sont parfois difficiles à gérer dans le cadre de la loi de 1989, tandis que le dépôt de garantie initial est lui aussi une source persistante de difficultés.
Par ailleurs,  la rotation des colocataires, plus rapide que celle des locataires uniques (en moyenne 3 ans au lieu de 7 à 8 ans), avait tendance à favoriser une hausse des loyers ; au point que l’avantage économique de la colocation tend à s’estomper, au profit d’un avantage qualitatif : pièces plus grandes, espace commun, équipements plus performants et plus nombreux.
C’est d’ailleurs sur ce qui est privatif et ce qui est partagé que se révèle le degré d’implication et d’autonomie des colocataires dans les différents cas de figure qui se présentent à eux. Si l’on a pu dire que l’achat de la machine à laver représentait l’acte fondateur du couple, le partage du réfrigérateur est une question majeure de la colocation : il exemplifie une règle parfois difficile à appréhender, et qui est que le partage est, dans une colocation, une démarche construite, quasi-contractuelle, et qui ne peut se réduire aux domaines plus affectifs du don et de l’acceptation, sous peine de conflits probables.
Le cas de la cohabitation intergénérationnelle
Par ailleurs, la colocation se développe selon des modalités diverses, qui ne sont pas toujours celles d’une communauté économique et/ou de valeurs : le cas de la colocation proposée par des personnes âgées qui ne peuvent ou ne veulent pas s’installer en maison de retraite et qui souhaitent conserver une autonomie est à cet égard remarquable. Dans le cas de la colocation chez/avec une personne âgée, existe un lien de dépendance qui fait que se forme une « maisonnée », qui peut prendre des formes diverses, regroupées en trois grandes catégories :
  • l’auberge étudiante, où il s’agit plus d’hospitalité au sens traditionnel, avec la part de contrainte (horaires, présence, mode de vie) que celle-ci entraîne. Cette contrainte fait que, le plus souvent, ce type de colocation est extrêmement transitoire ;
  • la demeure gériatrique est le cas où un étudiant (en fait, archi-majoritairement une étudiante) cohabite avec une personne âgée perdant peu à peu ses capacités fonctionnelles. Le lien y est plus contractualisé ; cependant, il prend parfois la forme d’une véritable relation d’aide à la personne et pose de ce fait à l’étudiant(e) des problèmes de disponibilité vis-à-vis de son cursus ;
  • enfin, le gîte néo familial naît quand la relation évolue en une cellule où chacun peut évoluer avec de bonnes marges d’autonomie, mais aussi de solidarités.
Ce type de cohabitation est géré majoritairement en France par des associations, mais qu’il n’en est pas de même partout : ainsi, en Espagne, elles sont organisées par les collectivités locales, qui jouent un rôle d’intermédiaire et d’observateur : des schémas similaires peuvent aussi se produire dans le cas de familles devenues monoparentales et souhaitant conserver leur logement. La multiplication des schémas de recomposition familiale crée des situations de vie sous un même toit qui s’apparentent à des colocations de facto, même si elles ne sont que rarement institutionnalisées en tant que telles.
Le facteur culturel
L’importance des attentes vis-à-vis de la colocation, souvent perçue comme l’intermédiaire idéal entre le départ de la cellule familiale et le passage définitif à l’âge adulte, et la nécessité d’un intermédiaire entre bailleur et colocataires, de manière à évacuer les interrogations sur le paiement des loyers et la régularité de l’occupation. Sur ce dernier point, se pose la question de la pertinence de la loi de 1989 au regard de la colocation.
Si l’on s’appuie sur  l’idée que la colocation est plus efficace lorsqu’elle se fonde sur des affinités partagées (cursus, modes de vie, schémas culturels…),  ce type de logement n’est pas totalement ancré dans toutes les cultures : courant, voire incontournable dans la sphère anglo-saxonne, il est encore rare en France, et quasi-absent dans certains pays comme la Suisse ; en cause,  les spécificités d’un pays de petite taille, et où la recherche presque systématique du consensus freine parfois l’expérimentation.
Il serait illusoire de négliger le caractère majoritairement subi, et lié aux conditions économiques, de la cohabitation : l’« auberge espagnole » représentée par le cinéaste Cédric Klapisch étant une vision utopique et minoritaire, dans la mesure où la société produit des individus, plus que des personnes en recherche de groupe.
Remerciements à l’incubateur d’idées « logement design pour tous » du PUCA, Plan Urbanisme Construction et Architecture.