L’adresse a longtemps le sésame de la communication. Elle succédait ainsi au nom, trop aristocratique : au Moyen Age, une missive n’avait besoin que de porter le nom de son destinataire pour parvenir en mais propres. C’est que le nom d’une personne éminente valait identification et localisation, et les « gens du coin » vous indiquaient la direction.
Avec la démocratisation du courrier et son essor formidable tout au long du XIXe siècle (en parallèle avec le développement de l’industrie), il a fallu institutionnaliser l’adresse physique en imposant les noms de rue puis leur numérotation. Pour les contre-révolutionnaires, la volonté de numéroter les rues est vécue comme une tentative despotique de contrôle étatique absolu.
En France, le code postal à cinq chiffres ne sera crée qu’en 1972. Il symbolise l’achèvement d’un processus de maîtrise de l’inscription physique des habitants du pays.
On mesure l’importance physique de la chose avec le fait divers suivant : ce n’est qu’en 2002 que village de Saint Pierre d’Aurillac, en Gironde, a fini par céder et accepter de nommer ses rues. La révolution et son œuvre démocratisante et normative, avait bien tenté de forcer les choses, mais le village avait tenu bon. Dernièrement, le maire, Jean Lafourcade, avait maintenu son refis de nommer les artères du village, afin de préserver l’emploi des postiers titulaires, seuls capables d’attribuer à chaque nom un lieu précis. Le fait de nommer les rues, d’attribuer des adresses impersonnelles est donc vécu comme un recul par rapport à une sociabilité de proximité et de qualité.
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